« Aux jours de Pâques… Explorer la Mort… Est-ce cela Vivre ? »

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Très cher Visiteur du soir

Lors d’un voyage en Antremonde, un dimanche de Pâques dans l’autre monde, j’ai entendu comme un murmure résonner à l’intérieur de moi :

« Aux jours de Pâques… Explorer la Mort… Est-ce cela Vivre ? »

Pessa’h – Aquarelle sur papier 30 x 40 cm – Série « Memento mori » – Stefan von Nemau – 2018

Une onde en bouscule une autre, percute une troisième… réactions en chaîne… Fiat lux ! Eureka ! Mazel tov! Ainsi soit-Il !

Il m’arrive parfois d’être traversé par des murmures, des voix. Dans l’autre monde je ne voulais plus les écouter alors elles se sont exprimées dans l’Antremonde par mes images et mes mots.

Je veux maintenant leur laisser vie. Elle sont du domaine mystique de l’Intuition.

Je marche sur la passerelle unifiant deux rives, inspiré par le ciel et l’abime : de l’autre monde visible et matériel à l’Antremonde, invisible et intuitif.

Les blés sortent de « taire »

Dans la tradition chrétienne les fêtes de Pâques regroupent la Passion puis la Résurrection du Christ. Dans la tradition hébraïque elles célèbrent la libération du peuple hébreu.

  • Passion vient du latin « patior » et signifie « souffrir ».
  • Résurrection vient du latin « resurgere » qui signifie « se relever, se lever une nouvelle fois ».
  • Pâques vient de l’hébreu biblique « pesah » jusqu’au latin « pascha » qui signifie « passer au dessus », référence au sacrifice de l’agneau dont le sang sur la porte protégeait les premiers nés lors de la dixième plaie de l’Egypte. Elle symbolise la libération du peuple hébreu d’Egypte.

Le lien entre la Pâques chrétienne et la Pâques juive est cyclique et symbolique. D’après les écritures, Jésus est devenu le Christ pendant les fêtes de Pessa’h. Symboliquement il devient ainsi l’Agneau sacrificiel et libérateur de l’humanité enfermée dans notre propre tombeau.

Elle est fêté le premier dimanche suivant la pleine lune de printemps. C’est un nouveau cycle qui débute à ce moment là.

Au printemps, les blés sortent de « taire ». A l’été qui suivra on récoltera ce que l’on « s’aime ».

Il s’agît là d’un changement de tessiture, de l’éloge de la vie et non de la célébration du passage d’une âme dans un autre corps qui serait alors l’éloge de la mort. Nous sommes donc loin du principe de réincarnation.

Dans le Grand Livre de l’Antremonde il est question de résurrection, de « passage au dessus », de tombeau, de trahison, de mort, du chemin qui mène à ce qu’il reste à découvrir.

La chenille se souvient-elle du papillon ?

Il m’a été difficile de démêler les différentes dimensions de ce récit contant la transmutation d’un état à un autre. Dans un de ses chapitres il est question d’un papillon comme d’un autre que soi(e), alors qu’en même temps je vis sa légende.

Il est question de résurrection et non de réincarnation. Un papillon non révélé pré-existait. La chenille en avait-elle quelque souvenir ?

Pour ce changement de tessiture, il convient de rendre les scories à la terre pour les transmuter en terreau nourricier. La papillon laisse derrière lui le linceul de sa chenille.

Chrysalides par Stéphane Chauvet
Série « les hasards objectifs » – Photographie – Stefan von Nemau – 2014

S’en remettre à « l’Un-connu »

Lâcher-prise c’est s’en remettre à l’Autre. Non celui que je cherche, mais à « l’Un-connu » qui s’offre à nous et sans lequel nous ne pouvons rien.

Il existe peut-être un Architecte filant le fil de chaîne venu de l’Ordre et celui de trame tiré du Chaos. Ce sont ces fils qu’il nous appartient de tisser en une étoffe de soi(e) avec la navette de la Vie.

La manifestation des synchronicités ne dépendrait ainsi pas que de nous. Se mettre à nu pour pouvoir sortir du cocon si. La Vie c’est la confrontation de soi avec le monde… humilité…

Le Secret unique

J’ai compris intuitivement lors de mon entrée dans l’Antremonde, que j’accédais au Hékal de cet univers à découvrir par le prisme du Voyage.

Dans mon cocon j’ai rencontré l’errance et la Mort symbolique m’a ouvert le voile Secret de mon Débir. Mais…

Comment dire que ce Secret se trouve au tréfonds de soi(e)-même ?

Comment expliquer que ce passage se gagne en sacrifiant l’agneau de l’innocence ?

Comment exprimer que le Sang Royal est la quintessence de cet agneau ? Que c’est ce sang qui amène la Vie et protège le Premier Né ? Que ce Premier né est celui qui ce trouve nu devant le Miroir Initiatique ?

Comment expliquer que pour remplir de ce Sang Royal la Coupe de la Vie il faut d’abord la vider de l’ancien, ce breuvage d’abord essentiel et doux mais devenu poison amer avec le temps ?

Le Débir et sa révélation

C’est l’homme-chenille qui a été sacrifié à la porte du Débir. C’est en Humain-papillon Libre et Souverain de lui-même qu’il ressuscite au Centre de sa Vie en traçant son propre Mythe à la hauteur de ses ailes.

Ainsi se propose à lui son nouveau Chemin. Il est de notre Liberté et responsabilité personnelles, l’incarner et de le vivre en Nouveau-Né devenant à chaque pas un peu plus Humain, Libre et Souverain.

Car en dernière analyse, on peut douter que la raison soit l’instrument qui convienne à cette recherche (recherche des processus vitaux). Ce n’est pas en vain que l’alchimie se considère comme un art sentant qu’elle s’occupe de processus créateurs que l’intellect peut décrire, mais que seule l’expérience vécue peut réellement saisir.

Carl Gustav Jung – Psychologie et Alchimie

Transcender la dualité

Il y a des moments où il me convient de sortir du romantisme gothique et mélancolique des idées de la Mort et de l’Amour. A trop vouloir m’attacher à expliquer ce qui ne peut que se ressentir par des concepts intellectuels je crois que je me suis parfois enfermé dans ce labyrinthe que peut devenir la quête de soi par la seule Voie Initiatique. Sans l’équilibre apporté par la vie elle peut-être vécue comme un carcan.

La Voie Initiatique est unique et propre à chacun.

Rebis – Aquarelle sur papier 30 x 40 cm – Série « Memento mori » – Stefan von Nemau – 2019

Explorer le Tombeau

Dans ce Tombeau platonicien, j’ai pu explorer mon Hékal et mon Débir, flirter avec mes ombres dansant sur mes murs.

Y rentrer fût doux tellement cela m’était naturel. Ma vie m’avait préparé à cela en me baignant dans les eaux chaudes et soufrées d’un monde surréaliste peuplé d’esprits, de symboles, de voi(e)(x), de signes à moi seuls perceptibles.

Je n’ai qu’un seul mérite : celui d’avoir lâché prise en acceptant la chute, élan de l’envol.

Suivant la corde de soie tissée par Ariane, comme on cherche son chemin pour sortir d’un labyrinthe, j’ai fini par m’imprégner de cette forme d’humanité de la pensée, par quitter la magie pour aller vers le tangible et l’explicable. J’ai quitté l’Antremonde poétique des tribus primitives et de l’enfance pour entrer dans celui des rêves, des intuitions philosophiques et rationnelles de l’adulte, cet homme moderne vendu comme maître de tout car glorifiant son Veau d’Or. Je me suis plié aux règles. Ces règles m’ont fait ployer jusqu’à cette Mort Symbolique pour pouvoir me préparer à connaître ma Pâques et réunir ce que qui avait été séparé.

Resurgere – Photoplastique – Stefan von Nemau – 2017

La quête de reconnaissance

Il convient d’abandonner en chemin toute velléité de quête de la reconnaissance par l’autre, cette part d’ego (avec un petit « e »), ce Métal dont nous devons nous défaire au moins le temps du Voyage. La seule réelle reconnaissance est la reconnaissance de soi, celle d’être un pèlerin sur son Chemin parmi d’autres pèlerins sur leur propre Chemin, tous réunis par le seul Voyage, formant une chaîne d’union, tous se reconnaissant comme tels.

Le voile propitiatoire

Le voile de cet ego (petit « e ») a ceci de particulier : il semble autonome et se reconstitue chaque fois qu’il est brûlé par le feu et l’acide, disloqué par l’air et le vent, pourri par l’eau et la terre. En prendre conscience est parfois difficile tant il me recouvre le visage comme une seconde peau.

Le seul signe avant-coureur de son envahissement est son poids. Il est alors temps de m’arrêter, de sortir les silex et de le faire brûler encore une fois.

Chercher son altérité pour percevoir son identité est une quête du concave par le convexe, une quête de soi en explorant celui qu’on vexe : l’ego (petit « e »).

Série « Noli me tangere » – Photoplastique – Stefan von Nemau – 2019

Une quête du vide

Définir ou appréhender les choses par leur contraire permet de définir leurs limites, de définir ce contraire mais pas d’explorer la richesse de ce que l’on recherche in fine.

Ainsi, si je passe mon temps à définir la Vie en explorant la Mort… je ne saurai jamais ce qu’est la Vie ! Sauf que je peux passer ma vie à cela sans jamais le découvrir vraiment.

La Mort semble donc être une étape dans une ce continuum pulsatile vital. Ce flux pourrait-être un fleuve qui coulerait de l’Occident à l’Orient Éternel.

Si la Mort est une étape sur un fleuve qui s’écoule vers l’Orient, elle serait son Delta qui marque la porte du retour à la mer qui nous a vu naître. La mort devient l’autre face de la naissance au travers de son orifice géniteur : l’abyssal miroir au creux du sentiment océanique.

Ceint par l’utérine chaîne d’union unissant les pèlerins entre eux, l’abysse devient la vaginale sortie vers l’envol de la Vie.

Au centre du Cercle

C’est en traçant un cercle dont le pèlerin est l’épicentre que débute le Voyage en Antremonde. Il nous est suggéré ici l’affranchissement envers ce qui nous a été appris. C’est notre chemin parcouru associé à nos actions qui révèlent sans le trahir le Secret de chacun.

Stéphane Chauvet
Série « les hasards objectifs » – Photographie – Stefan von Nemau

La Pâques du Voyageur de l’Antremonde c’est transcender l’Ombre en la vivant afin d’exalter la Lumière de l’autre monde en écrivant son Liber Novus à chaque pas.

Stefan von Nemau