Le testament de Narcisse – La Genèse

Genèse - Encre de chine sur papier - 07/2011 - Collection particulière
Genèse – Encre de chine sur papier – 07/2011 – Collection particulière

Genèse de Unheimlich – Le Testament de Narcisse

K e t h e r

Genèse - Kheter -Kabbale - Photographie argentique et numérique, photomontage numérique

Frères en couronne
Miroir tendu O Narcisse
Plongée en hiver

Dans la couronne iridescente ceinte il renait les yeux ouverts.
« Prends garde à l’ennemi derrière toi mon Frère ! »
Dos à lui le mirage, onde pure, regard transperçant,
Il voit son reflet unique, il le rencontre en naissant;
C’est l’amniotique voie de ce retour au Mystère.


A chacun son reflet, sa porte, son Enfer.
Dans ce labyrinthe, les antiques chimères,
Remplissent l’esprit de leur poésie délétère.
Il avait payé Caron il lui fallait traverser,
Le miroir des Enfers sur sa barge souillée.
Echo virginale ne faisait que répéter,
Les paroles illusoires d’un Thésée emmêlé.


Dans l’onde reflet du miroir magique,
Le myste erre sur l’escalier tournant;
Il ne peut en Icare en comprendre la rythmique,
Endormi, allongé, nu dans l’étang,
Dans le Con de la Terre Mère, par deçà sédiments.


H o k h m a h

Genèse - Hokhmah -Kabbale - Photographie argentique et numérique, photomontage numérique

Silence assourdi
Putréfaction mortuaire
Vitriol éther

Le Silence embaume les cris, même ceux du circoncis.
Bouche béante, il s’agite, se rebelle, pitoyables suppliques,
Recousant ses yeux sur son regard impudique.
Agneau regardant le billot terre promise, il attend.
Il ne sait qu’épeler, il apprend en bêlant.


Il s’étiole, se décompose, sent la fange, la tourbe et les vers.
Les rampants lui rongent le foie, il retourne ainsi à La Mère.
Celle qu’il a choisi, Veuve noire à peau blanche,
Celle qui doucement le ceint dans sa chrysalide étanche.
Il mange le jaune, boit le métal, l’acide le digère.
Mais continue sa marche dans ce grand cimetière,
Où marchent dans la nuit ses compagnons, ses Frères.


Ainsi se révèlent à lui Force, Amour et Sagesse.
Non pas la doctrine psalmodiée à la messe,
Mais celle de l’union des idées, des actes et des mots,
Non celle des marchands du Temple, des acrobates et des sots.
Cette Sagesse propre au Mystère, celui qu’il tient de son Unique Père.


B i n a h

Genèse - Binah -Kabbale - Photographie argentique et numérique, photomontage numériqueAncres noires Silence
Pages lues silure vorace
Fiel méduse

Il récolte dans l’ancre noire les fleurs virginales du carmin sillon,
En silence il cueille les grenades en rêvant d’évasion.
Il se gorge des mots savants, fruits péniens des érudits,
A en vomir écœuré, le soir nu dans son lit,
Ses pensées se mélangent aux lueurs vert de gris.


Il déroule les chrysalides des maux sur les frontons gravés,
Percutant son silence sous la lune, aux marées.
Équinoxes et solstices éclairent l’océan sombre immaculé.
Il embarque dans chaque nef vers l’informe continent,
Servant les belles toges des philosophes conquérants.
Capitaines de ces esquifs Titanic branlants,
Éclairés par la lune ils redeviennent des enfants.


Au cœur de la nuit les baleines sémaphores,
Drapés de nuages viennent vibrer en son corps,
Lui montrant la voie du fil à plomb tressé d’Or.
A la Table d’émeraude, il boit les Vers d’Or,
Voie Royale du gynécée transcendée, l’Athanor.


H e s s e d

Genèse - Hessed -Kabbale - Photographie argentique et numérique, photomontage numériqueTombes Héraut porté
Sisyphe sur sa colonne
Tau rouge Saint Suaire

En silence marchant, le héraut annonce le Combat,
Dans sa dualité première le héros se perdra.
Du précipice zénith au nadir étoilé,
Il découvre pas à pas le plaisir de se Donner,
Distillant de l’orgueil, le charbon de l’ivraie.


Il ramène de la carrière les âmes chancelantes,
Que Sisyphe taille en colonnes reliant l’épicentre,
De sa faconde passée, future, mais présente.
Il flagelle sa coulpe, lanières de cuir tranchantes,
A empoisonner le fuseau dans la paume du Maître,
Planté dans la vulve de ses Frères exégètes,
En ces cavernes fécondes il récolte salpêtre.


Dame Blanche portant sceau, prométhéen espoir,
Assise, évanescente, nourrissant ses têtards,
Elle accorde Miséricorde de son seul regard.
Sur le Tau rouge du suaire auréolé de sa Gloire,
Charbon et salpêtre sont initiés dans l’encensoir.


G u e v o u r a h

Genèse - Guevourah -Kabbale - Photographie argentique et numérique, photomontage numériquePar le sein vit sec
Ploie l’Enfant asséché nait
Dans le sang des cendres

Le sein phallus asséché de la mère ne donne,
Que du fiel à la bouche de l’enfant aphone
Dans l’étable où ses lamentations résonnent.
Au septentrion il gesticule sur sa solitude,
Par le silencieux cimeterre il revient en Rectitude.


Au midi décharné, il parle, il revit,
Tenant en sa main son précieux turgescent vit,
Qui dans sa marche soutient ses pas alanguis.
Pas de deux en voyage il avance ainsi,
Jusqu’à revenir dans l’axe les yeux encensoirs,
Aller de côté jusqu’à la source d’Espoir,
Remonter le fil jusqu’à son dévidoir.


Puis, devant l’autel retrouver la Mère,
Sentir son souffle chaud ranimer en lui le Pair.
Raviver en soi l’auréole de Gloire,
Sentir son Cœur battre laminoir,
Fondant l’alliage transmuté en Or noir.


T i p h e r e t h

Genèse - Tiphereth -Kabbale - Photographie argentique et numérique, photomontage numériqueRegard dévoilé
aux ombres sémaphores
Androgyne Lumière

Dans l’onde du passé la Femme ressurgit.
Ils n’avaient pas osé, c’est l’instant qui s’enfuit.
Le regard écalé révèle la flamme qui luit.
Reliance magique au fil de Soie tressé,
L’odyssée d’Ulysse affranchit Thésée.


L’alchimie s’opère dans le creuset des corps nus.
La part des anges se révèle, dans la vapeur des cornues.
Qui de l’homme ou de la femme joue de la lyre à Cerbère?
Qui marche devant pour ce retour des Enfers?
Au diable le savoir! Place à la Con-naissance,
L’Amour ne peut être qu’une re-connaissance,
Du Masculin-Féminin, magique Reliance…


A la si belle Lumière de son aventure,
Pour Aimer réellement en cette tessiture,
Laisser émaner du Soi la Femme fertile,
Unie à l’Homme dans le creuset subtil,
De l’Androgyne Lumière et son précieux coutil.


N e t z a h

Genèse - Netzah -Kabbale - Photographie argentique et numérique, photomontage numériqueCon pression rouge
Ardant magma souterrain
Résurgence de l’Aïn

Dans la caverne aux mystères il a perçu,
Que la Trinité était quête non un dû.
Sans son interne dualité l’homme n’est plus.
Trois plus deux font Cinq c’est certain,
Mais c’est un Golem sans l’énergie de l’Un.


Mais qu’est ce que l’Un qu’il faut chercher,
Quel est cet Aïn qu’il faut révéler,
Dans quels confins faut il errer,
Pour trouver ce Graal où il faudrait puiser.
Il a même cherché dans le magma en fusion,
Dans le Con de la Mère source de Création,
Dans la semence du Père celle de l’Ignition.


Voici donc par la Femme l’équilibre ressuscité,
Les deux triangles sont enfin par le centre assemblés.
En carré de six l’Etoile peut briller.
Un et Un de Deux ne sont pas la moitié.
Pour faire Sept il faut un Homme, ré-uni, libéré.


H o d

Genèse - Hod -Kabbale - Photographie argentique et numérique, photomontage numériqueO temple érigé
Dans la Terre de l âme Mère
Unité recréée

Ainsi est le Temps de la rencontre Initiale.
Cette entrée dans le Temple de cette béance abyssale,
Guidé par son sceptre pèlerin et les arts libéraux,
Il commence à tracer les volutes de son sceaux,
Dans ce Temple Noire-Lumière si loin de ses métaux.


Il a quitté le Parvis pour le Heykal sacré.
En marchant trois équerres il s’est mis à tourner.
Dans le nord de l’âme Mère en silence il a épelé.
Au cri primal d’un pas de côté,
Le midi c’est alors éclairé.
Il a ramené de voyages son regard intérieur,
Retrouvant l‘axe d’Or-ateur, la Semence du Créateur.


Pour accéder au Débir, il y a le fleuve à franchir.
Retrouver son Corps c’est l’enjamber sans blêmir.
Connaitre que seul Un ne peut resurgir,
Sentir son corps décharné, désuni, putréfié,
Et par les Trois l’Un enfin ressusciter.


Y e s s o d

Genèse - Yessod -Kabbale - Photographie argentique et numérique, photomontage numériqueBéance jamais
Ne se referme ne s’oublie
Elle est l’Or Source

Dans le miroir de cette béance il s’est miré.
Il la connait maintenant impossible à refermer.
Elle est lit du fleuve de Vie que l’ont sent s’écouler.
Chevilles, genoux et reins, à longueurs de milles coudées
C’est l’Homme aux pieds de bronze qui l’a fait traverser.


Par la lance dans l’écorce, cette abysse fût creusée.
Le Fleuve de Vie coule en son sein; en Paix s’y abreuver.
Cette Eau si profonde de monstres est peuplée.
Ils remontent parfois pour ne pas être oubliés.
Ils sont là simplement, ces démons nécrophages,
Exécuteurs testamentaires des Chimères aréopages,
Pour transmuter cet Amer, ce poison chronophage.


Dans ce Fleuve de Vie se trouve le gisement,
De l’Or de La Vie, cet Amour immanent,
Il exhale la myrrhe et les vapeurs d’encens.
Les volutes de fumée qui s’échappent aux vents,
Sont Part des Anges invisible aux parfums envoûtants.


M a l k h o u t

Genèse - Malkhout -Kabbale - Photographie argentique et numérique, photomontage numériqueShekinah et Daat
Par le Corps le Mat d’hier
Adam Kadmon luit

La Shekinah, dans son Odyssée,
Est montée jusqu’en bas, Elle a tout Glorifié.
Elle est la Lumière du Feu Prométhéen,
Sans elle le silex est Néant dans le Un,
Sans Elle Daat est espoir sibyllin.


L’homme sans nombre erre, principe désincarné.
Poursuivi par la meute, mordu, moqué, vilipendé.
Homme sans Ombre il arpente la semence Lumière,
En quête et plein d’espoir d’un jour enfin changer d’Ère.
C’est en plein Midi qu’il trouve l’entrée du Mystère,
Celui du Con d’Eve, de la Veuve, de la Mère,
Il s’accouche de lui même resurgissant de Terre.


Homme et Femme ré-unis en Eden retrouvé,
L’Adam Kadmon luit d’une androgyne clarté.
Il a trouvé son Mystère : le Corps est son Graal, l’Amour sa Clef.
Ulysse en Ithaque revient, ternaire transmuté.
Avec Pénélope il vont en Un régner.

Stefan von Nemau (2015)